Question (Fille / 2005)

Bonjour, j'ai 20 ans et je crois que j'ai un problème depuis très longtemps que je ne peux plus éviter.

Je suis dans ma première vraie relation saine depuis peu et la première nuit qu'on a passé ensemble, je me sentais en sécurité avec lui, j'avais envie, il prend soin de moi, il n'a absolument jamais forcé, mais quand on a voulu le faire j'ai senti que malgré tout ça mon corps ne pouvait pas.

Je demande de l'aide ici car je sens bien que ce n'est pas simplement car je ne suis pas encore tout à fait prête, j'ai l'impression que je ne le serai jamais, mon corps ne me laissera jamais faire ça. Ca me fait très peur car d'un côté je ne comprends pas pourquoi, j'ai peur de ne pas être comme les autres et je ne sais pas ce que je fais de mal et ce que je pourrais faire différemment. J'ai aussi peur car c'est très important pour moi d'avoir des enfants un peu plus tard mais si je n'arrive pas je vais très mal le vivre.

Quand c'est arrivé, je me suis sentie très mal évidemment, et lui a été très chou, il m'a réconfortée, il est resté tout près de moi, il n'était pas distant, ne me faisait pas culpabiliser, etc. donc je suis très contente qu'il ait réagi comme ça :) malgré ça, ça me tracasse beaucoup et je cherche en moi la cause de ce blocage et c'est là que le problème arrive.

Désolée du terme: je n'ai jamais vraiment été violée ou agressée, ce qui aurait été une cause possible à ce blocage, mais en réalité il y a bien quelque chose que j'ai vécu dans mon enfance qu'absolument personne n'a remarqué ni soupçonné, c'est un comportement un peu étrange de mon beau-père (le mari de ma maman).

Je l'ai connu quand j'avais 5 ans et je ne me souviens pas de tout mais on a toujours été très proches quand j'étais petite, puis en grandissant j'ai remarqué qu'il me faisait vraiment souvent des câlins et surtout quand ma maman n'était pas là.

De plus en plus et en parallèle des changements de mon corps, il faisait des commentaires ou abusait des câlins, il me touchait ou je ne voulais pas qu'il me touche mais je n'ai jamais osé dire quoi que ce soit car je me disais que c'est parce qu'il m'aimait comme sa fille, et que c'était peut être normal dans sa culture qui est un peu différente de la mienne (il vient d'un pays d'Afrique, je ne souhaite pas préciser lequel).

Je me souviens qu'il entrait parfois dans ma chambre pendant que je dormais pour me regarder dormir ou se coucher à côté de moi parfois et je faisais semblant de dormir, mais il ne m'a pas violée dans ces moments-là.

Il insiste toujours dès que ma maman n'est pas là pour me faire des massages du dos, quand j'accepte il insiste pour aussi me masser les jambes, puis pour que je me retourne et qu'il fasse l'avant et évidemment je n'aime rien de tout ça, il est parfois arrivé que ses mains aillent là ou je ne veux pas.

J'ai toujours pensé que c'était normal et que c'était moi qui abusait, donc je n'en ai jamais parlé et vraiment, personne n'a le moindre soupçon car il ne donne pas du tout cette image là. J'ai moi-même des doutes car parfois il ne fait rien de cet ordre pendant un moment et je me dis que j'invente des choses.

Depuis quelques années, j'ai remarqué plusieurs fois son téléphone caché dans la salle de bains quand j'allais me doucher, dans un angle ou il pouvait me voir. La première fois j'ai eu tellement peur, mais je ne le vois pas à chaque fois son téléphone alors je me dis que c'était juste quelques fois, ou alors qu'il l'avait peut-être oublié là, mais c'est arrivé quelques fois quand même...

Et plus jeune (vers 12 ans je crois), j'ai trouvé une photo de moi nue sur son téléphone par hasard, j'ai eu très peur mais je n'en ai jamais parlé et je ne veux surtout pas car je ne veux pas casser ma famille. J'ai toujours enfoui cela et je ne sais pas si c'est réel, je ne veux pas l'accuser à tort mais je ressentais le besoin de le poser quelque part, merci à votre site d'exister pour ça.

Je ne sais vraiment pas quoi faire de ça, je ne peux pas en parler avec ma famille évidemment même si j'en suis très proche, ni avec mon copain car c'est un sujet trop lourd et important et je ne veux pas qu'il soit lié à des problèmes dans ma famille, je ne veux pas qu'il sache. J'aurais tellement voulu que ça n'arrive pas, parfois je n'accède plus vraiment aux souvenirs de ces événements, comme si je les avais inventés... mais j'aurais tellement voulu ne pas rencontrer ces problèmes avec mon copain, car ça a un très gros impact sur moi et j'ai très peur actuellement.

Merci beaucoup d'avoir lu mon texte, ça m'a déjà aidée de l'écrire et j'espère que vous pourrez continuer de m'aider en y répondant, à bientôt!

Réponse

Bonjour,

Nous te remercions de ta confiance et tenons à souligner le courage que tu as de nous écrire ton histoire. 

Tout d’abord, nous sommes heureux·ses de lire que tu partages actuellement une relation saine avec une personne qui est attentive à toi et qui respecte tes besoins. Le fait que tu te sentes en sécurité avec lui, qu’il te réconforte dans des moments difficiles, qu’il réagisse de manière compréhensive sont des signaux importants dans une relation. 

Tu te demandes quelles sont les raisons pour lesquelles ton corps a refusé un contact intime alors que tu le voulais, et tu sens en toi que c’est plus que le fait de ne pas être encore tout à fait prête. Le corps est un véritable allié, et tu fais bien d’écouter le tien. 

Comme tu l’écris, un blocage corporel de cet ordre-là peut faire suite, entre autres, à des maltraitances sexuelles. Le corps garde en mémoire des vécus douloureux et les réactions de blocage et de malaise peuvent être une façon de se protéger. Le corps peut parfois avoir appris que l’intimité n’est pas sécure. 

Sache que la maltraitance sexuelle, ce n’est pas uniquement le viol. Des attouchements imposés, sans consentement, d’un·e adulte sur un·e enfant (un·e enfant ne peut pas donner un consentement face à un·e adulte), en font également partie. Dans ces situations, la responsabilité appartient toujours à l’adulte, jamais à l’enfant. Ce qui ne change pas entre un viol et des attouchements, c’est le fait que le corps ait été touché sans que la personne n’en soit d’accord ou ne soit en mesure d’être d’accord. 

Lorsque tu écris que ton beau-père te « touchait où tu ne voulais pas qu’il te touche », qu’il est parfois arrivé que « ses mains aillent là où tu ne veux pas », nous nous demandons si tu parles des parties dites « intimes » (les fesses, la poitrine, les parties génitales). Si c’est le cas, sache qu’en Suisse, ces gestes sont considérés comme des attouchements et ne sont pas autorisés. 

Même si aujourd’hui tu écris ne pas avoir été violée ou agressée, nous nous demandons si ton corps, lui, réagit comme s’il avait été envahi ou pas respecté. Peut-être qu’une partie de toi sait, et une autre partie de toi doute. C’est quelque chose de fréquent et de protecteur, ça permet de se protéger d’un vécu douloureux. 

Ce que nous t’encourageons à faire, c’est de continuer ce que tu as magnifiquement fait avec nous. En parler à une personne de confiance pour ne pas être seule avec ton vécu.

As-tu un·e ami·e, un·e médecin à qui tu pourrais parler ? Tu peux aussi contacter des professionnel·les qui sauront comment réagir et t’accompagner. Il existe des centres LAVI, qui sont des centres d’aide aux personnes ayant été victimes. Les professionnel·les peuvent te rencontrer gratuitement, t’informer de tes droits en matière pénale si tu souhaites un jour porter plainte, ainsi que te donner des bons pour des séances psychologiques-psychothérapeutiques prises en charge en partie par la LAVI. Nous te joignons l’adresse de la LAVI de ton canton. 

Courage pour la suite de tes démarches et reviens quand tu veux, 

L'équipe ciao.ch


Aide aux victimes - République et Canton du Jura
Dernière modification le 13 avril 2026

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Avec le soutien financier de la Confédération, en vertu de l'ordonnance sur des mesures de protection des enfants et des jeunes et sur le renforcement des droits de l'enfant.

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