Question (Fille / 2011)

Bonsoir,

Je suis une adolescente de 14 ans, je vous ai déjà écrit, et je suis vraiment au plus bas.
Je ne souhaite toujours pas en parler à mes parents car j'ai peur qu'ils me considèrent comme faible, qu'ils pensent que j'exagère, que c'est qu'une phase etc.

Hier soir, j'ai vraiment voulu boire afin de faire taire ma douleur mental pendant un petit moment. J'ai réussi à en parler à mon amis, qui a 18 ans, et lui et sa copine ont tout fait pour m'aider. J'ai finalement bu seulement un shot juste pour sentir la brûlure dans l'œsophage, pas plus. Je ne sais donc pas si vous avez quelques conseils pour éviter de se bourrer suite à un grave état mental.

Ensuite, certe je ne sais pas tout ce qui ne vas pas mais je sais quelques points.

Je me mets énormément de pression car, comme dit dans un précédent message, je suis une sportive et comme je suis championne cantonale et nationale junior je ne veux pas décevoir mes proches. Et en ce moment, je suis en stage national pour espérer aller en championnat d'Europe donc je veux être à la hauteur et faire les 4 ans de stage

Je me mets aussi beaucoup de pression pour l'école car comme je n'ai presque pas le temps de travailler j'ai peur de décevoir mes parents et professeurs avec mes notes. Je ne sais pas si vous avez quelques idées pour mieux gérer cette pression.

Je sais aussi que je n'ai pas fait le deuil de certaines personnes, décès ou ruptures amicales, et tout refait surface en ce moment.
Mon manque de confiance et d'estime en moi complique aussi beaucoup les choses. Je me dit que je mérite de souffrir, que je ne mérite pas le bonheur, etc.

Et comme je me fait du mal, j'ai énormément honte de moi. Rien que là, mes jambes ne sont pas cicatrisées (surtout que j'ai craqué) et les voirs me rappelle sans cesse que, selon moi, je suis faible.

Je me tourne donc vers vous car je dois en parler si je veux vivre et que vous pourrez peut-être avoir quelques idées auxquels je n'ai pas encore pensé.

Je vous souhaite une très bonne journée !

Réponse

Nous avons lu ton message avec beaucoup d’attention, et nous sommes très touché·e·s par ta situation. Nous trouvons que ton discours montre que tu es réfléchie et consciente de toi-même.

Ce que nous ressentons en te lisant, c’est quelqu’un qui avance depuis longtemps en tenant bon coûte que coûte, sans jamais s’autoriser à ralentir. Tu es sportive de haut niveau, tu veux être à la hauteur pour les sélections, tu veux réussir à l’école malgré le manque de temps, tu veux ne pas décevoir tes parents, tes profs, tes proches. Et pendant que tu fais tout ça, tu portes aussi des deuils, des ruptures, des blessures intérieures qui n’ont jamais vraiment eu la place d’exister. Forcément, à un moment, tout se mélange et ça déborde à l’intérieur de toi.

Quand la douleur mentale devient aussi forte, le cerveau cherche peut-être juste à calmer la souffrance qui prend trop de place. L’envie de boire, comme le fait de te faire du mal, s’inscrit exactement là-dedans : il est possible que ce soient des tentatives pour reprendre le contrôle, pour arrêter la tempête quelques minutes. Mais sache que ça ne fait pas de toi quelqu’un de faible. Ça montre surtout que tu es arrivée à un point où tu ne tiens plus. Et c'est ok.

Le fait que tu en aies parlé à ton ami et sa copine est un immense pas en avant ! Et ça prouve d’ailleurs que, même au milieu de tout ça, une partie de toi veut vivre et se protéger.

La honte que tu ressens ensuite, en voyant tes blessures, en te disant que tu mérites de souffrir, vient peut-être de la même source que la pression que tu te mets. Il est possible que tu t’imposes des idéaux qui sont difficiles, voire impossibles à atteindre : être forte tout le temps, performante, irréprochable, et ne jamais craquer. Alors quand tu craques, tu te juges peut-être encore plus durement que tu ne jugerais n’importe qui d’autre.

Mais si on enlève ce regard ultra sévère sur toi-même, ce qu’on voit, ce n’est en aucun cas une fille faible, c’est simplement une adolescente épuisée qui n’a pas encore appris à demander de l’aide sans culpabiliser. Tout ce que tu décris semble être une sorte de système qui s’est construit pour tenir, et qui aujourd’hui te fait souffrir.

C’est pour ça que l’aide extérieure est importante. Nous comprenons que parler à tes parents te fasse peur. La crainte d’être jugée, minimisée ou incomprise est légitime, surtout quand on souffre depuis longtemps en silence. Pourtant, ce que tu traverses en ce moment est trop lourd pour être porté seule, encore plus à 14 ans.

Le rôle de tes parents est d'être là quand ça ne va pas. Il est donc important qu'iels soient au courant par rapport à ton état général. Iels ne peuvent pas connaître ce que tu vis sans que tu le leur dises. Iels ont peut-être remarqué un certain changement dans ton comportement, mais il se peut qu'iels te fassent confiance du fait que tu te tournerais vers elleux si besoin.

Si tu décides de leur parler, ça peut se faire par petites étapes, sans tout dire d’un coup : choisis un moment relativement calme, prépare à l’avance une ou deux phrases simples comme « en ce moment la pression est trop forte » ou « je n’arrive plus à gérer seule », et rappelle toi que ton but n’est pas de te justifier mais juste de dire que tu as besoin d’aide.

Si parler te semble trop difficile, tu peux leur écrire un message ou une lettre (même ce que tu as écrit ici) et rester avec elleux pendant qu’iels lisent, car l’écrit permet souvent de dire les choses sans se bloquer. Tu peux aussi poser un cadre en disant que tu as surtout besoin d’être écoutée, pas jugée, et que tu ne sais pas encore exactement ce qui t’aiderait, mais que continuer comme ça n’est plus possible.

En outre, tu peux aussi demander l’aide d’un·e professionnel·le (infirmier·ère scolaire, psychologue scolaire, ton·ta médecin ou le 147). Cela peut t’aider à trouver les mots ou à être accompagnée pour cette discussion.

Toutes ces ressources peuvent être de vraies bouées de sauvetage dans ton mal-être. Et n’hésite pas aussi à continuer à en parler à ton ami et sa copine, puisqu’iels semblent être des soutiens sur lesquels tu sens que tu peux te tourner.

N’oublie pas que tu as déjà fait quelque chose de très important en écrivant ici. C'est une immense preuve de courage et d'amour pour toi-même.🌟

Prends bien soin de toi et reviens quand tu veux,

L'équipe ciao.ch


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Dernière modification le 9 février 2026

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