Question (Garçon / 2007)

Bonsoir,
Je ressens ce soir le besoin de me confier… L’accident de Crans-Montana m’a, comment dire… bouleversé.
J’aime beaucoup la station et j’avais prévu d’y passer le Nouvel An. Un plan de dernière minute m’a fait changer d’avis, mais certains amis à moi y étaient. Ma peur, le matin du 1er janvier, était à en faire tomber les murs, jusqu’à ce que j’apprenne que, Dieu merci, ils ont tous survécu.

Mais depuis, je me sens comme « pas valide ». J’ai l’impression que je n’ai pas le droit d’être malheureux. D’autant plus que j’en veux à tout le monde autour de moi qui continue sa vie « normalement ». Et le sentiment qui me fait le plus peur est celui d’avoir l’impression que j’aurais dû y être, que ce soir-là j’aurais dû perdre la vie. Ce sentiment est insoutenable.

J’ai l’impression que personne ne me comprend.

Merci de m’avoir lu.
Bonne année, même si appeler 2026 une bonne année ne fera jamais vraiment partie de mon vocabulaire

Réponse

Avoir trouvé la force d’écrire et de mettre des mots sur ce que tu traverses est un grand premier pas en avant. Ce que tu décris est profondément humain face à un événement aussi brutal et injuste. Être touché·e de plein fouet par un drame auquel on a échappé de peu peut beaucoup secouer, même lorsque l’on n’y était pas physiquement.

Le mélange de peur intense que tu décris, de soulagement pour tes ami·e·s, puis de colère, d’injustice et de culpabilité que tu ressens est quelque chose que nous rencontrons souvent après des traumatismes de ce type. Cela porte un nom : la culpabilité du survivant. Elle peut donner l’impression de ne pas être "légitime" à aller mal, comme si la souffrance devait obéir à des règles. En réalité, il n’y a aucune hiérarchie dans la douleur. Sache que le fait que d’autres aient été plus directement touché·e·s n’annule en rien ce que toi tu ressens.

Ce sentiment que tu décris de ne pas être légitime ou pas valide d'être malheureux est naturel et profondément humain après un événement de la sorte. Il naît souvent de la comparaison, de l’idée que l’on a eu de la chance, que l'on n’a pas "assez" souffert pour ressentir cela ou que l’on devrait aller mieux. Pourtant, la souffrance n’a pas besoin d’être mesurée pour être réelle. Tu as le droit d'être affecté par ce drame, tu as le droit d'être triste, tu as le droit de ressentir un profond mal-être. Tu n’as pas à combattre les émotions que tu traverses actuellement, mais peut-être à les laisser te traverser. Les reconnaître, c’est déjà leur donner une place légitime. Le fait que tu mettes des mots là-dessus montre une grande lucidité et un vrai courage : tu es légitime, tu es quelqu’un qui a été touché par un drame et qui fait de son mieux avec ce qu’il a.

Nous comprenons que le sentiment que "la vie continue normalement" autour de toi peut être dur à supporter : quand l’intérieur est fragilisé et bousculé, voir le monde avancer peut donner l’impression d’être seul·e, incompris·e, presque en décalage avec l’humanité. Ce décalage est une réaction naturelle après un choc : ton esprit essaie probablement encore de donner du sens à quelque chose qui n'en a pas.

Tu nous dis aussi avoir l’impression que personne ne te comprend. Peut-être que ce qui pourrait t'aider maintenant serait de prendre le temps de parler de tes ressentis auprès d'une personne en qui tu as confiance (parents, ami·e·s, etc.). Souvent, le fait de pouvoir extérioriser ses émotions peut ouvrir la voie à quelque chose de précieux : c'est parfois dans ces moments-là que l'on s'aperçoit que l'on n'est pas seul·e face à notre propre souffrance et que le soutien de l'entourage est une ressource essentielle pour aller mieux.

Et si tu en ressens le besoin, tu peux aussi en parler à un·e professionnel·le de la santé (psychologue, infirmier·ère scolaire, médecin, ou autre) qui pourrait t’offrir un espace sûr où déposer tout cela, sans jugement, à ton rythme. Tu mérites cet espace. Le 147, une ligne d'écoute gratuite met aussi à ta disposition des professionnel·le·s prêt·e·s à te soutenir.

Nous te remercions de la confiance que tu nous as accordée en étant venu nous écrire. Nous te souhaitons également une année 2026 qui ne sera peut-être pas "bonne" tout de suite, mais qui, pas à pas, pourra devenir un peu plus respirable et meilleure. Et si un jour tu te sens à nouveau submergé, n’hésite pas à tendre la main : ta parole a de la valeur.

Nous t’envoyons tout notre courage et n’hésite pas à revenir nous écrire.

Prends bien soin de toi.

L'équipe ciao.ch

Dernière modification le 6 janvier 2026

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