Question (Fille / 2011)

Bonjour,

depuis le drame à Crans-Montana, je ressens tout l’inverse de ce que ressentent les autres personnes, c’est à dire l’empathie tout simplement. Et quand je dis tout l’inverse c’est réellement l’inverse de l’empathie, donc je suis pas non plus neutre en mode « je m’en fou », mais je ressens une certaine jalousie une certaine haine si on peut dire ça ?

Mais aucune tristesse, aucun « regret » de ce que je pense par apport à ça. Mais le problème, c’est que je ne supporte plus du tout d’en entendre parler, à chaque fois que j’en n’entends parler je ressent une tel haine c’est invivable, j’en pleure, et j’ai des penser horrible envers les personnes concernées et envers moi même, au fond de moi j’ai envie qu’il m’arrive quelque chose de similaire, bon pour des raisons évidentes je ne vais pas citer tout ce que je pense, par « respect ».

Mais sur les réseaux sociaux dès que j’en entends parler je me retiens d’écrire des commentaires très irrespectueux pour déverser ma haine et ma jalousie, mais c’est dur vraiment, et je peux pas arrêter d’aller sur les réseaux sociaux du jour au lendemain. En plus demain l’école reprend alors je prie juste pour que personne en parle même si je sais que c’est impossible parce que je sais que ça va me rendre plus que agressive d’en entendre parler

dans la vraie vie en plus, pourtant je suis quelqu’un de hyper calme, hyper respectueuse au quotidien, mais le je ne supporte plus, d’ailleurs je ressens la même chose envers les personnes gravement malade mais là encore ça c’est vraiment calmer et aujourd’hui je rêve juste toujours de tomber gravement malade mais j’ai plus de haine envers eux…
mais cette événement a Crans-Montana ça a tout réactiver en encore plus fort, si les gens en n’avaient pas autant parler partout et que c’était rester un truc local j’aurais jamais ressenti cette jalousie.

Ma seule question c’est que ce que je suis sensé faire ? Sans en parler à personne de préférence, parce que j’ai personne de confiance ou ce genre de truc là. Si je vous en parle c’est parce que je suis consciente que ce n’est pas normal et peut être que c’est aussi une recherche d’attention de ma part je ne sais pas…

Réponse

Face à un drame aussi tragique que celui de Crans-Montana, il n’existe pas une seule “bonne” manière de réagir. Chacun·e est traversé·e différemment par ce type d’événement, et les émotions qui surgissent peuvent être multiples, parfois même contradictoires. Donner du sens à ce que l’on ressent n’est pas toujours simple, et chacun·e avance comme iel peut, avec ses propres ressources et à son propre rythme.

Dans ton cas, tu exprimes une certaine haine envers les personnes concernées. Même si ce sentiment peut surprendre, il peut être le reflet d'une réelle souffrance. Parfois, le cerveau cherche à se protéger comme il peut, et ce qui ressort n'est pas toujours à l'image de ce que l'on a au fond de son coeur. Cette colère que tu ressens, c'est peut-être le signal que tu ne peux plus accumuler les informations à ce sujet, car cela devient trop lourd à porter pour toi. C'est parfois plus supportable de se réfugier derrière une émotion de conflit, plutôt que d'accueillir la tristesse.

Pour ce qui est de la jalousie que tu décris, il se peut que ce terme cache quelque chose de complexe. Lorsque l'on a besoin d'être vu·e et entendu·e par l'entourage, l’esprit peut imaginer des scénarios extrêmes dans lesquels toute l’attention serait tournée vers soi, comme lors d’un accident ou d’une maladie. Cela ne signifie pas que tu voudrais réellement être à leur place, mais peut-être simplement que toi aussi, tu as besoin de présence et de soutien.

Malgré ces mots forts que tu utilises, nous percevons la personne respectueuse et consciente que tu dis être habituellement. Le fait que tu choisisses de ne pas formuler certaines pensées, que tu te retiennes d’écrire des commentaires blessants, montre une certaine lucidité de ta part dans la situation.

Finalement, comme tu nous l'expliques, les discussions à ce sujet te pèsent énormément. N'hésite donc pas à prendre de la distance avec les réseaux et les informations, sans avoir besoin de couper du jour au lendemain. Tu peux simplement essayer de limiter le visionnage de contenu à ce propos. C'est aussi une façon de prendre soin de soi et de se laisser la possibilité de souffler, afin de continuer à avancer dans cette période de grande souffrance. Et surtout, n’hésite jamais à demander de l’aide si tu en ressens le besoin, par exemple au 147, où des professionnel·le·s sont à ta disposition pour discuter. Tu n’as pas à traverser cela seule.

De notre côté, nous restons à ton écoute si tu souhaites nous poser d'autres questions, n'hésite vraiment pas.

Bien du courage dans cette période difficile et prends soin de toi,

L'équipe ciao.ch

Dernière modification le 5 janvier 2026

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