Question (2010)

Bonjour, bonsoir
Je vous écris parce que ça ne va pas fort…

Je me sens un peu coincée, je ne sais plus trop quoi faire et je ne sais même pas si je vais réussir à vous expliquer ce qu’il se passe dans ma tête…
En tout cas, je suis fatiguée. J’ai vraiment besoin de sommeil, mais ça ne s’arrête jamais, les cours, les devoirs, les cours de danse, la préparation d’un concours pour entrer dans un conservatoire à horaires aménagés, le rôle de confidente, de “psy” parce que oui, j’écoute les autres, j’essaye de les aider, de leur montrer mon soutien, et puis je suis fille de psychologues, c’est dans ma nature…

Et pourtant, j’ai pas l’impression d’avoir le droit à ça, moi aussi… Le monde va mal, tout le monde va mal, j’écoute tous les jours des proches qui vont mal, je ne sais plus où me mettre. Moi aussi j’aimerais être écoutée, moi aussi j’aimerais entendre ce que je dis moi même aux autres…

Je n’ai qu’à le faire moi même… oui j’aimerais bien… mais ça ne fonctionne pas. Les compliments quotidiens devant le miroir, les petits mots sur le bureau pour se rappeler d’être gentille avec soi même, de se laisser une petite pause, de fixer des objectifs réalisables, ben non, c’est pas mon truc.

J’ai qu’à en parler aux autres, ils ne peuvent pas deviner ce qu’il ne va pas. Oui, c’est vrai. Ce n’est pas de leur faute. Je me suis enfermée toute seule comme une grande dans un cercle vicieux. Je me suis enfermée dans ma solitude, mes doutes, mes angoisses, et j’essaye de faire comme si de rien n’était. Je rigole, je fais des blagues, je fais l’imbécile, je suis gentille, je souris, je suis sage quand il le faut, je suis la gentille petite élève insignifiante qui a de bonnes notes, l’intello, la fille facile, la fille faible.

Les autres me voient comme ça. Mais je veux pas être ça. J’existe peut être pas dans leur vie, mais je veux exister quelque part, et c’est dans la danse que je me sens moi. Mais encore une fois, je doute, h24, remise en question permanente. Ma mère me dit “t’as de la chance, pour toi la danse c’est évident, ça te permet de te sauver de la réalité” euuuh… ben non c’est pas toujours évident.

Quand je pleure toute seule dans ma chambre ou dans la salle de bain, face à mon corps que je ne supporte pas, face à mes capacités insuffisantes, face au parcours imprévisible que je veux atteindre, ben je me dis “est ce que j’en suis vraiment capable ? Est ce que je vais y arriver?” De toute façon je n’ai pas le choix, la danse c’est un peu ma seule raison de vivre en ce moment.

Tellement de violence de partout, ça donne pas envie de se lever le matin. Et puis les écrans… quelle plaie. Avant j’étais une bonne lectrice, c’est une tradition familiale. Les livres c’est important. Moi je suis complètement d’accord, mais… je n’arrive plus à lire. C’est peut être anodin comme ça, mais pour moi ça veut juste dire que je suis tombée comme une débile dans l’addiction. J’ai l’impression de devenir profondément stupide, j’ai peur de ne plus savoir réfléchir, j’ai peur de perdre toute ma créativité et toute mon imagination. Ce sont des risques réels, et j’en suis plus que consciente et ça me hante.

J’essaye pourtant, je me fixe des limites de temps d’écran, j’essaye de m’organiser dans mon travail, j’essaye de faire autre chose, j’essaye de choisir des livres… mais comme c’est tentant de fuir la réalité et ses problèmes à travers des vidéos qui s’enchaînent, avec des jolis trucs qu’on veut voir, des jolis trucs qu’on veut entendre… Je hais ça, mais je continue. La relation toxique par excellence. Et j’ai honte, donc je ne veux pas en parler à ma mère… si je lui en parlais, ce serait admettre que j’ai été débile et que je suis tombée dans le piège alors que je suis sensée être une fille d’intellectuels.

En parlant de ma mère, j’ai appris récemment qu’elle était dépressive, étonnant? Non pas tellement… Mais ce qui m’a un peu perturbé, c’est l’autre jour, lorsque je l’entends se disputer un peu avec mon beau père et sortir comme ça “Moi en ce moment, je pense au suicide, mais je ne vais pas le faire parce que c’est un peu violent, en tout cas j’ai besoin qu’on respecte mes besoins…”… ah ben super… cool l’ambiance ma foi.

Donc, une mère dépressive et apparemment suicidaire… enfin en tout cas avec des idées noires, une soeur en dépression également (même si elle va mieux mais bon vous voyez le tableau), et un père… compliqué. Compliqué par son passé, par son avis sur certains événements, par ses propres problèmes d’égo et ses propres névroses… Compliquée, ma famille est compliquée. Je m’en rends compte de plus en plus aujourd’hui, et je ne vais pas le cacher, ça ne me fait pas forcément beaucoup de bien.

En fait j’en ai marre. J’en ai marre des gens, j’en ai marre du monde, j’en ai marre, marre, marre de moi… Je veux juste, me reposer, danser, apprendre comme je veux, retrouver ma créativité, retrouver mon goût pour les autres et pour le monde, redécouvrir les livres, redécouvrir la musique, voir des films, me balader, tomber amoureuse…

Je veux ci, je veux ça, mais je sais très bien qu’au fond, même si de temps en temps, j’ai des moments d’espoir, de joie et de détermination, je retombe toujours dans la dégoût, la paresse, la mélancolie, et ça ne me quitte pas. Pour ma mère, le psy c’est pas encore urgent, je dois me concentrer sur la danse puisque c’est ma raison de vivre et que c’est là où je brille, et je suis d’accord avec elle… mais zut quoi. Je veux être écoutée. Enfin, je veux surtout dormir, mais ça ne s’arrête jamais…

Réponse

Ce que tu as réussi à mettre en mots, c'est dense, sincère et ça montre à quel point tu portes beaucoup de choses pour une seule personne. Rien que le fait que tu arrives à l'exprimer aussi clairement, c'est déjà un signe de grande lucidité et de maturité. Le fait que tu demandes de l'aide ici est un signal sain.

Ce que tu décris (la fatigue constante, le besoin de remplir tous les rôles, l'impression d'être la "petite adulte" au milieu d'un environnement familial compliqué) peut être dur à gérer. Tu es le pilier émotionnel autour duquel tout le monde s'appuie. Tu fais de la danse, les cours, les devoirs, le concours et en plus, tu deviens la confidente, la psychologue, l'oreille disponible. Et toi, tu aimerais aussi te sentir écoutée et soutenue, ce qui est légitime : c'est un besoin humain qui est essentiel pour se sentir bien.

Tu décris une mère qui traverse un épisode dépressif avec des idées noires, une sœur qui va mal et un père compliqué. C'est une grande charge pour une jeune fille de ton âge et ce n'est pas ton rôle de gérer tout ça. Tu n'es pas responsable du mal-être des adultes autour de toi, même si tu essaies de les soutenir.

Tu expliques aussi que la danse est ta raison de vivre et en même temps ta source de doute. Les refuges peuvent effectivement devenir des prisons quand on sent qu'on n'a pas le droit de rater. Tu as le droit d'aimer la danse sans que ce soit parfait. Tu pourrais t'autoriser une séance par semaine pour toi, sans miroir, sans corriger, sans penser au concours, juste pour sentir ton corps bouger. Cela pourrait te permettre de te reconnecter avec cet art magnifique qui te fait tant de bien.

Concernant les écrans, ce que tu décris n'est de loin pas de "la débilité". C'est une réaction compréhensible face au stress et à la surcharge mentale : ton cerveau cherche juste de petites pauses, des échappatoires faciles pour respirer un peu. Pour réussir à lire, à profiter d’un bon livre ou à te plonger dans quelque chose qui te passionne, il est souvent nécessaire d'être dans un état d’apaisement, où émotions, pensées et corps sont un peu plus en harmonie. Et pour retrouver cet équilibre, parler, vider son sac, trouver une oreille attentive et un endroit sécure, c’est précieux.

Tu disais vouloir commencer un suivi psy et nous t'encourageons dans ta démarche. Sache que les séances sont prises en charge par la LaMal si c'est ta·ton médecin qui t'y oriente. Et il n'est pas nécessaire d'avoir l'accord de ta mère, même si c'est important qu'elle le sache, car ce sera elle qui recevra les factures. Nous te mettons un article en lien à ce sujet.

En attendant, tu peux aussi t’adresser à l’infirmier·ère scolaire, à un·e prof de confiance ou à un·e travailleur·se social·e. Ce sont des personnes formées pour écouter, soutenir, proposer des pistes. Elles peuvent t’aider à trouver d’autres solutions qui correspondent à ce dont tu as besoin en ce moment, et surtout t’offrir un espace pour déposer un peu ce que tu portes.

Il y a aussi le 147, une ligne d'écoute gratuite. Les personnes qui y travaillent sont bienveillantes et formées pour accompagner des jeunes comme toi. Tu peux appeler, envoyer un message WhatsApp, ou discuter via un chat avec d’autres jeunes. Tu n’es vraiment pas seule.

Tu peux également essayer de noter dans un carnet ce qui te tracasse. Ce n’est pas une solution magique, mais parfois ça permet de poser un peu du poids, juste assez pour respirer et dormir un peu plus légère. Et si tu te sens trop sollicitée par les confidences de ton entourage, tu as tout à fait le droit de protéger ton énergie. Une phrase simple comme : « Je t’écoute, mais je suis fatiguée en ce moment, donc je ne pourrai peut-être pas t’aider autant que d’habitude » peut vraiment t’aider à poser une limite douce et honnête.

Et surtout, n'oublie pas que ce que tu vis est lourd. Tes émotions sont légitimes et tu mérites d'être soutenue et écoutée. La fatigue émotionnelle est réelle et tu n'as pas à la porter seule.

Nous espérons avoir pu te donner quelques pistes de réflexion,

N'hésite pas à revenir nous écrire,

L'équipe ciao.ch


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Dernière modification le 25 novembre 2025

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