Question (Garçon / 2011)

Bonjour

Je ne sais pas très bien se que j'attends comme suite à se message mais bon, je l'écris quand même.
Vous m'aviez déjà conseillé de vous écrire suite à un de mes messages sur le forum donc euh voilà.

Déjà, il faut savoir que je vais pas très bien, voir pas du tout bien. Sauf que je n'arrive pas en déterminer exactement la cause. C'est en partie lié à ma transidentité. Par exemple le fait que je me sente mal dans mon corps et que je n'arrive pas à prendre des douches sans pleurer ou en tous cas me sentir mal.

Mais, tout le reste, je n'arrive pas à savoir. Je fais pas mal de crises d'angoisse. Quand je dis pas mal j'entends 1-2 petite crises par semaine (se que j'entends par petite c'est quand ma respiration s'accélère, que je me mets un peu en boule, que je tremble et que je panique dans ma tête mais que j'arrive encore un peu à penser) et 1-2 grosse crises toutes les deux semaines (les grosses crises c'est quand ma respiration s'accélère, que je me mets en boule, que je tremble, que me vision se resserre, que je n'arrive plus à penser correctement et que je pleure)
Les grosses c'est souvent parce que quelqu'un crie ou se dispute avec d'autres gens. Ou qu'il y a trop de gens autour de moi. Mais les plus petite et parfois aussi les plus grosse, je n'arrive pas à déterminer la cause.

Je m'automutile aussi (coupures, coups (autoinfligés), griffures, morsures) et quand je le fais c'est parce que si je ne le fait pas, j'ai l'impression qu'il faut que je le fasse, que je vais mourir ou que en tous cas, ça va pas aller (c'est stupide, je sais)

Je dors pas assez non plus, je dors maximum 7h par nuit (souvent moins). Je ne sais pas vraiment pourquoi. C'est soit parce que je n'arrive pas à dormir plus, mon corps se réveille, soit parce que je me force à rester debout.

J'ai aussi assez peur du regard des autres, ça, ça résulte du harcèlement que j'ai subis il y a un petit moment. C'est à cause de cette peur que je fais souvent des crises d'angoisse quand il y a plein de monde autour de moi.

Il y a aussi le problème de la nourriture, enfin c'est pas vraiment un problème mais ça pourrait le devenir. Pour l'instant, j'arrive encore à résister à l'envie de ne pas manger mais des fois, je saute quand même des repas. Mais pas assez pour que se soit réellement grave. Si je le fais ou que j'ai envie de le faire, ce n'est pas parce que je me trouve trop gros ou quoi, je crois plutôt que c'est pour voir si je peux en mourir, jusqu'à où mon corps tient sans assez de sommeil et de nourriture.

Je vois un psy depuis que j'ai essayé de me suicider en octobre mais j'ai pas vraiment l'impression que ça m'aide beaucoup. Et puis lundi dernier j'ai failli refaire une tentative de suicide, je suis aller jusqu'à un pont. Mon meilleur ami a réussi à m'en empêcher mais bon, j'ai toujours envie de le refaire.

En fait je crois que le plus gros problèmes chez moi c'est que je me sens un peu ignoré par tout le monde. Et du coup, j'ai pas vraiment envie d'aller mieux. Je me plonge encore plus bas pour que des gens le remarquent. Et du coup ça ne sert pas à grand chose d'essayer de me donner des solutions vu que je ne vais même pas chercher à les appliquer. Je vais juste continuer de faire comme avant pour voir si il y a quelqu'un qui le remarque et qui donne assez du sien pour m'empêcher de rechuter.

Bref, désolé du long message et euh j'espère que vous allez mieux que moi.

Réponse

Tu as bien fait d'être venu nous écrire. Nous te félicitons d'avoir pris l'initiative de nous parler de ta situation !

Le fait que tu aies tenu jusque-là démontre une force immense en toi, même si tu ne la vois pas forcément. Le fait que tu dises que tu ne vas pas bien du tout est un signal à prendre au sérieux. 

Tu dis à plusieurs reprises dans ton mail que tu as cherché à mettre fin à tes jours et que lundi tu t’es dirigé vers le pont, prêt à le faire. Cela nous inquiète et témoigne d’une importante souffrance qui doit être adressée. Peut-être que les modalités actuelles de ton suivi ne suffisent pas. Cela mériterait d’être discuté avec ta·ton psy, ta·ton pédiatre, ou un autre adulte de confiance, afin d’envisager la mise en place d’un soutien professionnel plus conséquent.

En te lisant, ce que nous voyons avant tout, c’est un corps et un esprit constamment en état d’alerte et que tout ce que tu décris semble lié.

La dysphorie et le rapport au corps peuvent devenir de vrais déclencheurs : quand même une douche est douloureuse, c’est que ton corps n’est plus une safe place dans laquelle tu te sens bien et en sécurité. Avec le harcèlement et les expériences vécues, ton système nerveux a peut-être une image d'un monde dangereux, d’où les crises d’angoisse qui surgissent.

Quand la pression ne redescend pas, l’automutilation peut alors apparaître comme une façon de reprendre le contrôle, de faire une pause. Le sommeil et la nourriture entrent dans ce même cercle : l’épuisement fragilise encore plus, et tout devient plus intense.

Au centre de tout ça, il y a surtout un sentiment très fort qui semble ressortir : celui d’être invisible. De tenir jusqu’à ce que ça casse pour que quelqu’un voie enfin que ça ne va pas. La tentative de suicide, le pont, le fait que ton meilleur ami t’ait arrêté, ça peut raconter exactement ça. Une partie de toi voulait peut-être être retenue, même si tu ne le perçois peut-être pas aujourd'hui. Sache que cette partie là existe encore au fond de toi, même si elle ne te donne pas l'impression de vouloir aller mieux tout de suite.

Tout ce que tu décris forme donc un seul et même mouvement : tenir comme tu peux dans un monde et un corps qui te font mal, en espérant que quelqu’un voie enfin à quel point c’est dur. Et ça, ça a du sens : ça montre simplement que tu es en détresse.

Quand ça devient trop lourd, il y a des ressources concrètes et humaines auxquelles tu as le droit de faire appel. Tu peux contacter le 147. C’est disponible 24 heures sur 24, par téléphone, par SMS ou par chat. Tu peux parler de tout : des angoisses, de l’automutilation, de la transidentité, des idées suicidaires, du fait de te sentir invisible. Tu n’as pas besoin d’avoir les mots parfaits. Iels sont là précisément pour ces moments-là. Et si à un moment tu sens que tu pourrais passer à l’acte, que tu n’es plus en sécurité avec toi-même, alors il est important d’appeler les urgences au 144 et d'en parler immédiatement à une personne en qui tu as confiance.

Tu dis que tu es suivi par un psy, mais que cela ne semble pas t’aider. Est-ce que tu saurais décrire ce qui te fait ressentir ça ? Est-ce que tu as l’impression de ne pas être compris, pas écouté ? Est-ce que tu te sens libre de dire ce que tu ressens vraiment pendant les séances ? Est-ce que tu as l’impression d’avancer entre deux rendez-vous, ou au contraire de tourner en rond ? Est-ce que la manière de travailler du psy te correspond ? Se poser ce genre de questions peut t’aider à mettre des mots précis sur ce que tu ressens. Ça peut aussi te permettre d’en parler directement avec ton psy et de voir si des ajustements sont possibles. Et si tu te rends compte que ça ne te convient pas malgré tout, c’est ok aussi de changer de thérapeute.

N’oublie pas que ta souffrance mérite d’être prise au sérieux, et toi aussi. Même si tu n’as pas envie d’aller mieux tout de suite, même si tu avances à contrecœur, même si tu doutes. Le fait que tu sois là, que tu écrives, que tu cherches des mots pour dire ce qui fait mal, ça dit déjà quelque chose d’essentiel : il y a en toi une vie qui insiste pour se battre et se sentir soutenue. Et ça, c’est précieux !

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Dernière modification le 6 février 2026

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