Je poste cette lettre ici parce que c'est là qu'a commencé mon chemin personnel, c'est à ciao qu'au début j'ai écrit quand j'ai commencé à me poser des questions sur mon identité de genre. Merci ciao, vous m'avez aidé à chercher de l'aide ailleurs <3

Cher moi du passé, cher bébé moi,

C’est avec beaucoup d’émotions que je t’écris, parce que dans maintenant moins d’une semaine, je vais me faire opérer. Oui, tu as bien lu: mardi prochain, je vais faire ma torsoplastie et je serais enfin débarrassé de ma poitrine.
Je crois que je réaliserais vraiment une fois que ce sera fait. Ça me parait toujours irréel, alors que c’est officiel depuis janvier environ. En regardant en arrière, je me dis que c’est assez incroyable. J’ai même pas 18 ans, et je vais pouvoir finir mon gymnase sans avoir à me soucier de combien de temps je porte mon binder, de l’ouvrir à midi et souffrir de maux de dos. Je n’aurais plus les violentes crises de dysphories causées par mon torse au cirque. Je pourrais faire du tissus, du monocycle, sans que ce soit dans un coin de ma tête. Je vais pouvoir m’habiller comme je veux, porter des trucs qui me font réellement plaisir, je vais arrêter de me cacher. J’aurais plus ce poids dans ma poitrine.
Je vais être moi.
C’est comme une renaissance. J’ai l’impression que je vais réellement commencer à vivre après cet été. Comme si ma vie allait enfin vraiment commencer.
J’ai hâte. J’ai tellement hâte. C’est irréel.

Je pense beaucoup à toi, ces temps. Toi qui n’avait pas de binder, toi qui a essayé de mettre plusieurs brassières en même temps, toi qui te cachait tout le temps parce que t’avais l’impression que tout le monde ne voyait que tes seins. Et bah tu sais quoi ? Il ne leur reste plus qu’une semaine à vivre. Après, tout ça ce sera fini.

Je le fais évidemment pour moi, mais surtout pour toi. C’est toi qui a le plus souffert, c’est toi qui a eu les crises les plus violentes, celles qui paralysent et donnent envie de disparaitre. C’est toi qui a pleuré, toi qui a enduré la dysphorie. Moi, j’ai appris à la gérer, à la fois avec ma psy qu’avec mes proches, et aussi simplement parce que je suis plus en paix avec moi-même depuis que je prends de la testostérone. Tu te rends compte ? Je me reconnais dans le miroir.
Toi, t’as enduré le féminin à outrance, la gym, l’incompréhension, la dysphorie, tout ça avec le sourire. Parce que t’avais espoir. Et des proches soutenants. Et ça t’as sauvé. Si je n’avais pas pu transitionner si tôt, je ne sais pas si je serais aussi heureux aujourd’hui.
On a des parents en or, des amis en or. Des gens qui ont promis de venir me voir après l’opération, des gens qui sont heureux pour moi, des gens qui ont tout fait pour que je puisse être moi-même. Je sais pas si tu réalises à quel point tes parents sont incroyables. Mec, ils vont t’aider à te faire opérer avant ta majorité. Ils vont être là. Ils sont là, aimants, soutenants, quoi qu’il arrive. Ils sont même allés à la Pride, et on a un drapeau allié accroché dans la véranda.

Je suis certain que tu n’aurais jamais imaginé ton futur comme ça. Déjà, toi tu voyais ton futur seulement jusqu’à la torsoplastie et moi je réalise que j’aurais une vie, après la torsoplastie et que en fait… ma vie ne se résumera pas à ma transidentité. Et je réalise que je n’avais pas pensé à la suite. Tout ce que je voulais dans mon futur, c’était me débarrasser de mes seins… j’aurais le temps de voir la suite, du coup. 

Je suis fier de toi, aussi. Parce que c’est grâce à toi que je suis là, à pleurer de joie dans ma chambre, à repenser à la douleur que t’as vécu, à la merde que t’as enduré, des épreuves que t’as surmontées. Tout ça en étant perdu, en souffrance, incompris et triste. Merci d’avoir survécu. Sans toi, on en serait pas là.

Je vais pouvoir respirer. On va pouvoir respirer.

Si je le pouvais, je voyagerais dans le temps et je te ferais un gros câlin. Je pense que tu serais très content de voir à quoi je ressemble, et que tu ne me croirais pas si je te disais que je suis presque à 2 ans sous testostérone à seulement 17 ans. Tu voyais la transition comme lointaine, comme impossible, un truc impossible à atteindre. Et pourtant…

Ça ira. Je peux te le dire. Et je pense que tu me dirais pareil, en vrai.

C’est rigolo, mais faire les trucs pour la dernière fois avec ce corps là me rend heureux. Je suis un peu en train de leur dire au revoir. Ils ne vont pas me manquer, c’est sûr, mais en vrai, je sais pas, j’ai envie de profiter de ces sensations tant qu’elles sont là. Pour les encrer en moi. Pour me souvenir du chemin parcouru, de la bataille que c’est d’être trans.

Chaque fois que je porte mon binder, je me dis que c’est la dernière fois. Je les regarde avec nostalgie, presque. Et beaucoup de joie. D’euphorie. Parce que ce sera fini. Ce sera un soulagement.
Et même si je n’arrive pas à imaginer comment mon corps sera après, ça me rend déjà heureux.

J’ai tellement de chance. J’ai des médecins supers, des proches supers, des amis supers. 
Mon été sera certes bizarre, mais il sera heureux. Je vais renaitre. On va renaitre. Tels des phénix. Et après, on pourra voler de nos propres ailes. Sans se soucier de notre torse.

La transition médicale sauve réellement des vies. Bordel, je me sens tellement vivant depuis que je prends de la t, et j’imagine pas ce que ce sera après la torso. Sans tout ça… ce serait compliqué. Je serais toi à l’heure actuelle, dysphorique au moindre fait et geste, souffrant de tout et bien trop conscient de mon identité, ma différence. Alors que là… je me sens presque déjà respirer.
Non, en fait, je retiens mon souffle: je suis comme en apnée au fond de l’océan, c’est paisible, calme, silencieux. Je remonte lentement à la surface, et la semaine prochaine, quand je me réveillerais après l’opération, je respirerais pour la toute première fois.
Cette semaine me semble hors du temps, tu sais ? Je suis en vacances, je me prépare, je pense à la semaine prochaine littéralement tout le temps, et pourtant, je ne crois pas être stressé. Je suis serein. Parce que j’ai hâte. Hâte de l’après.
Mon début de la suite.
Le début de ma vie en tant que moi.

Alors ouais, je pense à toi. Et je veux te dire que je suis fier, très fier du chemin qu’on a parcouru. La transidentité c’est certes un combat, c’est dur, mais c’est aussi très beau, et on en parle pas assez. Cette euphorie… elle est précieuse. Et pure.
Ça ira.

See you on the other side,

Je t’aime

(p.s désolé si c'est super long mais genre je sais pas j'avais envie de partager ça quelque part? bref si vous avez tout lu merci z'êtes pas obligés de répondre)

❤️ 2

Réponses

  • Par Yoshi_ (Garçon / 2009 / France) le 8 juillet 2026 à 23:47

    Je sais que ça ne nous ai pas vraiment destiné mais c'est super beau ❤️

    Ça fait tellement plaisir de lire de la joie comme ça, je trouve que ça donne du sens aux luttes de la communauté.

    Merci

    Que du love pour toi ♡

  • Par Yoshi_ (Garçon / 2009 / France) le 8 juillet 2026 à 23:48

    *nous est pas

    oupsi ...

  • Par Dolline (Fille / 2013 / Suisse, Autres cantons suisses) le 9 juillet 2026 à 00:00

    Je trouve que c'est une idée fantastique d'écrire au toi du passé!
    Et c'est très joli🌹
    Moi j'écris au moi de futur😉

    ❤️ 1

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