Bonsoir
Bonsoir bonsoir,
J’écris sur le forum, n’habitant pas en Suisse, je ne peux pas m’adresser aux spécialistes de ce site donc je cherche un peu d’écoute et de conseils… si possible.
Je ne sais pas trop par où commencer,
Peut être par dire que je cherche surtout à me délivrer un peu de mes doutes… je n’attends pas particulièrement de réponses finalement, merci en tout cas pour votre lecture au cas où.
Je suis lycéenne, j’aimerais devenir danseuse pro et chorégraphe. Je pense que la danse est un peu toute ma vie, sans elle, je ne pense pas vraiment avoir d’échappatoire face au monde dans lequel on vit. J’ai intégré un conservatoire, je ne pensais pas y arriver mais c’est le cas… J’ai vraiment très très peur de ne pas être à la hauteur. De me planter. Complètement. J’ai peur de ne pas réussir à concilier mes études, le lycée, mes échéances scolaires, et la danse. Je ne peux pas trop me plaindre. Mais j’ai peur de tout foirer, de décevoir tout le monde, dont moi, et de me taper la honte. Enfin, ce n’est pas juste une histoire de honte, c’est aussi la peur de ne pas pouvoir danser. Et si ce n’était pas ma place? Et si personne ne s’intéresse à ce que je propose? C’est un peu égocentrique dis comme ça, mais et si, tous mes rêves de danse, de rencontres, de projets artistiques, de projets engagés, militants, ben en fait c’était de la grosse merde. La danse, ce n’est pas juste le talent, c’est du travail. Et si je n’étais pas faite pour ça? J’ai une fâcheuse tendance à abandonner et procrastiner dès que je n’arrive pas à quelque chose, est ce que ça condamne tous mes projets au flop total, au burn out, la dépression ?
J’ai une terrible peur du regard des autres, que ce soit sur mon physique, mon caractère, mes intérêts, mon comportement. Une terrible peur du regard des autres, mais aussi de moi. Je ne suis pas capable de me regarder dans le miroir quand je danse. Genre me regarder pendant un exercice dans la grande glace de la salle de danse, je peux pas. J’évite à tout pris de croiser mon propre regard. Pour éviter de faire face à la réalité. Je déteste mon corps. C’est bête, parce que c’est le seul outil du danseur. Ton corps, c’est tout ce que t’as pour t’exprimer. Danser, c’est l’art de bouger son corps dans l’espace. L’espace de soi, l’espace des autres, l’espace intérieur, l’espace extérieur, l’espace cosmique, psychique… bref. Et mon corps. Je le déteste. Peut être que la danse est finalement le seul moyen de me faire supporter cette carapace. Mais c’est une réelle prison. Pour danser comme je veux, il me faut pouvoir faire des grands sauts, des grands développés, bref, il me faut des capacités physiques. Que je n’ai pas. Les autres, les ont. Moi non. Du coup dans ma tête, je suis une merde. Je suis moche. J’ai trop de graisse, pas assez de muscles. J’ai des jambes bizarres. J’ai du ventre. J’ai ceci et cela et pourtant, jamais je n’aurai ce genre de jugement, de discours avec quelqu’un d’autre. Les autres, non, moi oui.
Mon autre problème, je suis trop ambitieuse. Je sélectionne une centaine de vidéos pour les abdos, le dos, les jambes, les bras, les machins les bidules, les étirements pour les grands écarts, patati patata tu parles. Dès que je m’y mets, c’est à dire vers 23h, je me sens comme un gros boulet. Je ne supporte pas sentir les limites de mon corps. Pourtant elles ne sont pas fixes ces limites. C’est le travail qui me permettra de progresser mais je n’y arrive pas. Du coup, je me vexe toute seule, je me fais honte, je me déteste, je remets ça au lendemain et ça devient un cercle vicieux.
On pourrait me dire “t’en fais des tonnes” mais ce rejet s’étend au delà de mes capacités physiques. Je suis trop ceci, pas assez cela. Constamment. On pourrait me dire “oui ben tu traverses l’adolescence quoi, comme tout le monde” ah mais je suis complètement d’accord, alors là. Mais c’est pour ça que j’écris ici. Pour laisser sortir un peu ce besoin de parler de moi, de monologuer sur mes petits soucis.
Donc là, à la rentrée, je me plonge en total inconnu. Je n’ai pas d’horaires aménagés pour le lycée et la danse, ce sera donc les cours le soir… et on verra bien comment ça se passe. Je connais pas ce milieu, je ne connais pas ces gens. J’ai peur qu’ils me rejettent, qu’ils me trouvent trop comme ça, pas assez comme ceci. Qu’on se moque de mon physique, de mes limites, de mes rêves, de mes peurs. J’ai peur de ne pas me faire d’amis. J’ai peur que les profs me disent finalement “la danse c’est pas fait pour toi”.
Je me dis que j’ai encore un peu plus d’un mois pour bosser. M’étirer, me muscler et tout (ça paraît tellement ridicule dit comme ça), mais et si c’était pas suffisant.
J’y arrive pas. J’arrive pas à m’y mettre. J’arrive pas à y croire en fait. Je ne veux pas me sentir constamment seule à nouveau. Je veux m’intégrer, m’éclater, rencontrer plein de gens, danser, progresser, etc… je ne veux pas me planter. Je ne veux plus être faible, misérable. Je n’en peux plus de cette cage. Je veux être fière de moi. Je veux que mes parents soient fiers de moi. Je veux qu’on me fasse confiance. Je veux qu’on me prenne au sérieux.
J’ai le soutien et l’aide de ma mère, heureusement, ça devrait me suffire d’ailleurs, mais je me sens si seule. Si seule avec ces doutes un peu puériles et ces ruminations incessantes, mais pour moi elles sont si vraies, si dures.
Dans le même genre, pour moi, ce n’est pas possible que quelqu’un tombe amoureux de moi. Voilà moi c’est moi, limite les gens m’aiment bien en tant qu’amie, pote, camarade de classe, mais jamais en tant qu’amoureuse. C’est terrible parce que j’ai vraiment envie de me donner une claque “oh réveille toi et arrête de faire ta miskina”
Mais voila. C’est bibi avec ses angoisses de blanche privilégiée qui vit une vie bien tranquille dans un monde à feu et à sang.
Ce monde d’ailleurs. Mais qu’est ce qui se passe. Comment on en est arrivé là ?
C’est ça qui hurle aussi dans ma tête, cette volonté de parler, cette volonté d’agir, de réunir les gens, d’interpeller, de toucher les âmes, de faire réfléchir, d’unifier, de rassembler, de protester, à travers la danse, l’art, tout tout tout. Cette volonté qui se heurte à une complexité et une violence infinies. Dans quel monde on vit quoi. Sérieux les gars… on va grandir dans ça ? Dans 10 ans, ça ressemblera à quoi? Dans dix ans, il y aura combien de morts ? Dans dix ans, est ce qu’on sera toujours libres ? Dans dix ans, qu’est ce qu’on foutera dans dix ans bordel. Les adultes, ils s’en foutent bien eux, les vieux là ils crèvent bientôt c’est plus leurs problèmes, la gen z ( y, alpha aussi enfin bon vous avec compris)par contre… ah mais demerdez vouuuus bande de petits cons. Ben merci ça fait plaisir. Je n’en peux plus de cette condescendance systémique des adultes. Oui oui ok on a pas vécu la chute du mur, mais est ce qu’on est débiles et insouciants pour autant ? Nous incapables ? On verra bien…
Tout ça pour dire, la danse, c’est tout ce que j’ai pour parler. Et je veux y arriver. Mon premier ennemi, c’est moi, et je n’en peux plus.
Bonne nuit, merci pour votre lecture et désolée pour ce pavé larmoyant et autocentré
Réponses
Aucune réponse pour le moment.
Répondre au sujet
Pour répondre à un sujet ou à un commentaire, tu dois d’abord te connecter.
Connecte-toi à ton compte