Question (Fille / 2009)

Bonsoir,

Je voulais vous parler car j'ai un problème d'amitié récurrent depuis mon enfance et j'aimerais savoir comment poser mes limites. En gros, quand je commence à faire un lien, après quelques jours ou semaines, je le sabote. J'essaie de m'éloigner le plus vite possible, j'évite le contact avec les personnes, parfois les relations semblent vraiment superficielles si je me force... et au final je me retrouve et me sens seule. Mais pourtant je veux rester avec ces personnes mais... voilà.

J'ai également peur de l'image que je peux donner aux autres. Est-ce que si je reste trop avec ce garçon, il va penser que je veux bien plus qu'une amitié? Est-ce que si je m'intègre dans ce groupe, prendrai-je trop de place? Et si je n'étais pas assez compétente pour rejoindre ces gens, que je manque d'expérience?

Après, il faut savoir que je me compare très souvent aux autres. J'ai un trouble du spectre autistique qui fait que je ne comprends pas tout tout de suite, dont les codes sociaux et les compétences scolaires et extra scolaires. Donc j'ai vraiment l'impression que les autres sont 'plus' que moi dans tous les aspects de ma vie. Et même si je me le répète à mon cerveau en boucle, il est inflexible à cette idée.

Enfin, j'ai vécu une chose vraiment délicate, notamment une expérience de camp de club de sport où on a profité de ma naïveté et de mon innocence pour bien se moquer de ma personne. Au fait je rigolais très fréquemment, j'étais joviale, je répondais à deux garçons et voulais à tout prix m'intégrer avec ceux-là, même si je savais qu'il ne fallait pas, et que ce qui allait s'ensuivre sera une relation toxique.
Ainsi, les garçons ont testé mes limites crescendo: moqueries, remarques déplacées, remarques sur mes actions, sur ce que je suis, sur comment je leur parle... jusqu'à toucher la tête pour m'humilier. À ce moment-là, je leur ai dit de cesser en face d'un adulte et ça s'est arrêté. Et les deux ont protesté en disant qu'il fallait poser mes limites.
Après, l'un d'eux, puisque l'un habite loin mais que l'autre rejoint le club chaque weekend, me donne quelques piques de temps en temps qui sont vraiment difficiles à contrer. Et ça ne me plaît pas toujours car il pousse dès fois un peu trop loin.

Pourriez-vous me donner des conseils pour tout ça svp?

Réponse

En te lisant, nous sentons une grande lucidité sur toi-même, mais aussi de la fatigue intérieure. Ce que tu décris ressemble surtout à quelqu’un qui a très envie de lien, mais qui a peut-être appris, au fil du temps, que le lien pouvait aussi faire mal.

Quand tu dis que tu t’éloignes dès qu’une relation commence à compter, nous n'avons pas l’impression que c'est un sabotage gratuit, mais une forme de protection. Une part de toi semble dire : "j’ai envie d’être avec les autres", et une autre : "Si je reste trop, je risque d’être blessée, mal comprise ou rejetée". S’éloigner semble te protéger sur le moment, même si ensuite la solitude te fait souffrir.

Nous aurions donc envie de te proposer de ne pas renoncer à cette protection, mais plutôt d'apprendre à la reconnaitre pour ensuite savoir si tu dois la mettre en place ou non : à quel moment apparait l'envie de t'éloigner et qu'est-ce qu'elle essaie de t'éviter ?

Ce que tu racontes sur le camp de sport est important. Il s’est passé des situations où tes limites ont été mises à l’épreuve, et cela a dû être très déstabilisant pour toi. Le fait que tu aies pu dire stop à un moment, en présence d’un adulte, montre que tu as essayé de te protéger dans un contexte qui n’était pas simple.

Poser des limites n’est pas quelque chose d’inné, surtout quand on a appris que, pour être acceptée, il fallait s’adapter, rire ou minimiser ce qui dérange. Tu as su poser tes limites avec les garçons, et nous tenons à t’en féliciter pour cela ! Ça t’a pris un peu de temps, mais c’est ainsi qu’on apprend. Les limites commencent souvent à l’intérieur, par une écoute de toi-même : reconnaître ce qui ne te fait pas du bien, même si tu n’oses pas encore le dire à voix haute.

Aussi, ta peur de l’image que tu renvoies nous touche beaucoup. Tu sembles constamment te demander si tu prends trop de place, si tu risques d’être mal interprétée, si tu es légitime dans un groupe. Vivre avec ce type de vigilance permanente peut être épuisant. Nous aimerions t’inviter à réfléchir doucement à cette idée : et si le problème n’était pas que tu prennes trop de place, mais que tu n’oses pas encore prendre la tienne ?

Le fait que tu parles du TSA avec autant de clarté montre une véritable conscience de toi-même et une grande capacité de réflexion. En même temps, nous sentons combien tu t’en sers parfois pour te comparer durement aux autres, comme si cela te définissait uniquement à travers tes difficultés. Pourtant, nous sommes toutes et tous différent·e·s.

Chaque personne porte en elle une manière unique de ressentir, de penser et d’être au monde. Avoir besoin de plus de temps pour comprendre les codes sociaux ne veut pas dire être moins intéressante, moins intelligente ou moins digne d’amitié. Cette diversité n’est pas un défaut : elle est une richesse. C’est précisément notre unicité qui fait la beauté de ce monde et qui lui permet d’évoluer, d’apprendre et de se développer.

L’enjeu n’est donc pas de devenir plus comme les autres, mais d’apprendre peu à peu à te sentir en sécurité dans les relations, sans t’effacer. Cela prend souvent du temps, et tu n’as pas à y arriver seule. Penses-tu pouvoir en parler avec une personne de confiance de ton entourage ? Un regard extérieur pourrait t’aider à trouver des astuces pour moins te comparer, savoir quand il est nécessaire de poser tes limites, et apprendre à t’accepter telle que tu es : cette belle personne, digne d’amour.

Nous espérons avoir pu te donner quelques pistes de réflexion et nous restons à ton écoute.

Nous te souhaitons de belles fêtes et n'hésite pas à revenir si tu as d'autres questions,

L'équipe ciao.ch

Dernière modification le 22 décembre 2025

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