Le barrage de Léa

Chapitre 9 : la déclaration de Théo

La neige fondait doucement sur les toits du collège. Le froid piquait encore, mais la lumière du soleil, plus timide, éclairait les couloirs.
Léa marchait d’un pas rapide, ses mains enfoncées dans ses poches, évitant soigneusement le regard de Théo. Le barrage était intact… ou presque. Chaque sourire qu’elle offrait était mesuré, calculé, pour ne rien laisser passer.
Théo, lui, l’avait remarquée depuis plusieurs semaines. Il voyait le poids qu’elle portait. Il comprenait. Mieux que quiconque. Parce qu’il l’avait vécu, lui aussi, l’année précédente. Sa carapace, ses règles, sa solitude… il savait ce que c’était de se protéger, de retenir l’eau.
Et il savait aussi qu’on ne pouvait pas rester seul à combattre le monde.
— Léa ! lança-t-il doucement alors qu’elle s’apprêtait à passer à côté de lui dans le couloir.
Elle s’arrêta net. Ses yeux rencontrèrent les siens. Un bref instant. Puis elle baissa les yeux, prête à tourner la tête.
— Attends… commença-t-il.
Elle ne répondit pas. Il fit un pas vers elle. Un pas prudent. Pas pour la forcer. Pour lui montrer qu’il était là.
— Je… je voulais te dire quelque chose.
Elle inspira, prête à s’échapper, mais ses pieds restèrent immobiles.
— Depuis un moment… je… je pense à toi, dit-il d’une voix tremblante.
Ses mains, légèrement crispées, trahissaient son inquiétude.
— Tu… tu veux dire… ? murmura Léa, sa voix faible, presque un souffle.
— Je t'aime Léa, répondit-il, les yeux ancrés dans les siens.
Le mot flotta dans l’air. Léa sentit son cœur s’emballer. Son barrage trembla. Une petite fissure, rien de plus… mais elle était là.
Elle détourna le regard. Les joues chauffées par un mélange de surprise et de panique.
— Théo… je… je… je ne sais pas quoi dire, murmura-t-elle.
— Tu n’as pas besoin de dire quoi que ce soit tout de suite, dit-il doucement. Je voulais juste que tu saches. Et que tu ne sois pas seule. Pas seule à porter ce que tu portes.
Ses yeux se remplirent de compréhension. Pas de jugement. Juste cette certitude qu’il la comprenait. Qu’il avait été là, exactement là où elle était.
Elle inspira profondément. Une larme monta… puis elle la retint. Son barrage ne cédait pas encore, mais pour la première fois depuis longtemps, elle sentit qu’elle pourrait peut-être baisser ses armes.
— Merci… chuchota-t-elle finalement. Merci d’être là.
Théo esquissa un petit sourire.
— Toujours.
Mathéo, qui passait non loin, les aperçut de loin. Il haussa un sourcil et sourit à son tour. Il avait compris que quelque chose venait de changer. Lentement. Silencieusement.
Léa reprit sa marche, cette fois un peu plus légère. Pas encore complètement libre, mais moins prisonnière.
Et dans le regard de Théo, il y avait cette promesse silencieuse : il serait là à chaque fissure, à chaque tremblement. Et elle pourrait, enfin, apprendre à faire confiance au barrage qu’elle avait construit.
Parce que parfois, laisser passer un peu d’eau… c’est le début de la vie.

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