Le barrage de Léa - Chapitre 2 : Les regards que l’on évite
Je sais pastrop à quel fréquence je suis sensé publier mais du coup voilà :
Le barrage de Léa
Chapitre 2 : Les regards que l’on évite
Les premières semaines de 10e Harmos passèrent vite.
Trop vite.
Les professeurs distribuaient déjà des dates de contrôles. Les groupes se formaient pour les exposés. Les pauses redevenaient bruyantes, pleines de rires et d’histoires racontées trop fort.
De l’extérieur, tout semblait normal.
Léa participait en classe.
Elle rendait ses devoirs à l’heure.
Elle riait aux blagues de Mathéo.
Elle envoyait encore des messages sur le groupe qu’ils avaient à trois.
Mais elle évitait certaines choses.
Certains mots.
Certains souvenirs.
Certains regards.
—
Un matin, en cours de français, le professeur annonça :
— Pour la rédaction, vous allez écrire un texte sur un souvenir marquant de votre vie.
Le cœur de Léa fit un bond.
Un souvenir marquant.
Elle sentit immédiatement l’image du parc surgir dans son esprit. Le banc en bois. Les mains ridées de son grand-père. Son rire grave.
Non.
Elle baissa les yeux vers sa feuille.
Autour d’elle, les stylos commençaient à gratter le papier.
Mathéo souffla discrètement :
— Facile. Je vais raconter le jour où j’ai marqué le but de la victoire en finale.
Théo esquissa un sourire.
— T’en parles encore ?
— Toujours.
Léa sourit aussi. Automatiquement.
Puis elle écrivit.
Elle raconta une journée d’été à la plage. Inventée à moitié. Modifiée. Sans profondeur. Sans émotion.
Un souvenir sans danger.
Quand la cloche sonna, elle fut la première à refermer son cahier.
—
À la pause, ils s’installèrent sur leur banc habituel.
Mathéo parlait d’un nouveau jeu vidéo. Il s’animait, mimait les scènes, changeait de voix pour imiter les personnages. Comme toujours.
Léa l’écoutait. Elle hochait la tête. Elle riait au bon moment.
Mais elle sentait parfois le regard de Théo sur elle.
Pas insistant.
Juste… attentif.
Elle faisait semblant de ne pas le voir.
—
Un jeudi après-midi, ils eurent sport.
Course d’endurance.
Léa courait sans réfléchir, concentrée sur sa respiration. Un rythme mécanique. Régulier. Sans laisser place aux pensées.
Mais à mi-parcours, son souffle se dérégla. Pas à cause de la fatigue.
Un souvenir venait de s’imposer.
Son grand-père l’encourageant quand elle était petite, au cross de l’école primaire.
“Tu peux le faire, ma championne.”
Sa vision se troubla une seconde.
Elle ralentit.
— Ça va ? lança Mathéo en passant à côté d’elle.
— Oui, oui, répondit-elle vite.
Elle accéléra.
Plus vite.
Encore plus vite.
Comme si courir pouvait distancer les souvenirs.
—
Théo, lui, avait remarqué.
Il ne disait rien.
Mais il reconnaissait ces réponses rapides.
Ces “oui oui” trop pressés.
Ces sourires qui s’effacent dès que personne ne regarde.
Il connaissait ces mécanismes.
Il les avait utilisés l’année précédente.
Un soir, en rentrant, il envoya un message sur le groupe :
Théo : Vous trouvez pas que cette année commence bizarrement ?
Mathéo : Bizarre comment ?
Théo : Je sais pas… différent.
Mathéo : T’es juste traumatisé par la 9e 😂
Léa : On est en 10e maintenant. On gère.
Il fixa l’écran.
“On gère.”
Encore ce mot.
—
Le vendredi suivant, ils avaient une heure libre.
Mathéo proposa d’aller au kiosque acheter des bonbons.
Léa accepta.
Théo aussi.
Sur le chemin, ils passèrent devant le petit parc à deux rues du collège.
Léa ralentit sans s’en rendre compte.
Juste une seconde.
Mais Théo le vit.
Il suivit son regard.
Le banc près du grand arbre.
Vide.
— On y va ? lança Mathéo, déjà plus loin.
— Oui, répondit Léa rapidement.
Elle détourna les yeux.
Théo ne posa pas de question.
Pas encore.
—
Le soir, seule dans sa chambre, Léa s’assit sur son lit.
La journée avait été normale.
Et pourtant, elle se sentait épuisée.
Tenir un barrage, ça fatigue.
Elle attrapa son téléphone. Une vieille photo s’afficha. Elle et son grand-père, lors d’un anniversaire. Il souriait. Elle aussi.
Sa gorge se serra.
Elle verrouilla l’écran.
Pas maintenant.
Elle s’allongea sur le dos et fixa le plafond.
Elle avait l’impression que tout le monde avançait.
Sauf elle.
Elle ne pleurait pas.
Elle ne parlait pas.
Elle ne tombait pas.
Mais elle n’avançait pas non plus.
—
Le lundi suivant, en entrant en classe, elle croisa le regard de Théo.
Pas un regard curieux.
Pas un regard insistant.
Un regard qui comprenait.
Et ce fut presque ça, le plus dangereux.
Parce qu’un regard qui comprend…
Ça peut fissurer les murs.
Elle détourna les yeux la première.
Et ce jour-là, sans le savoir, une minuscule fissure venait d’apparaître dans son barrage.
Pas visible.
Pas bruyante.
Mais réelle.
Réponses
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Par Julio4A (Garçon / 2013 / France) le 23 février 2026 à 00:26
Waouh !
J'adore l'histoire toujours incroyable !
Jaime beaucoup le fait que l'année dernière c'est elle qui a aidé theo , et que cette année c'est l'inverse .
En tout cas jai hate de lire les prochains chapitre ! -
Par Plante123 (Fille / 2012 / France) le 23 février 2026 à 23:24
J’aime beaucoup. C’est hyper touchant. En plus tu a un bon style
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Par Myosotis_37 (Garçon / 2011 / Suisse, Vaud) le 23 février 2026 à 23:47
En réponse à Julio4A Waouh ! J'adore l'histoire toujours incroyable ! Jaime beaucoup le fait que l'année dernière c'est elle qui a aidé theo , et que cette année c'est l'inverse . En tout cas jai hate de lire les prochains chapitre !
Merci ça me touche, j'espère que mes émotions du moment ne se dépeigne pas sur mes chapitre !
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Par Myosotis_37 (Garçon / 2011 / Suisse, Vaud) le 23 février 2026 à 23:51
En réponse à Plante123 J’aime beaucoup. C’est hyper touchant. En plus tu a un bon style
Merci à toi, attend quand, j'y pense t'as lu la carapace de Théo, en fait vous etes de loin avec Julio mes lecteurs les plus fidèles !
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