PDV Eden

— Veuillez quitter la pièce s'il vous plaît, dit-il d'un ton autoritaire alors qu'une armée de médecins l'entourait.

Je jetai un regard à Carolyn qui me suppliait des yeux, puis je reportai ce dernier vers le secouriste.

— Nous avons des informations qui pourraient vous aider.

Il me lança un regard interrogateur ; je soupirai.

— Traumatisme crânien possible, inconsciente, saignement buccal.

Il entrouvrit la bouche un instant, surpris, puis articula :

— Vous nous accompagnerez à l'arrière de l'ambulance, essayez de ne pas nous gêner.

J'acquiesçai d'un signe de tête alors que les médecins transportaient Lila sur un brancard accompagné d'un matelas coquille pour éviter tout mouvement brusque de son corps, et se dirigèrent vers... l'ascenseur ?

— Non, l'ascenseur est hors service !

Un blanc général...

Et mon sang qui bout.

Je sais très bien qu'il ne reste plus beaucoup de temps, il fallait que je trouve une solution !

— Eden, lança le secouriste.

Je me tournai rapidement vers lui.

— Si on passe par les escaliers, il sera trop tard.

Ces mots me firent comme un électrochoc ; ma mâchoire se crispa, la panique me submergea soudainement. Tout était ma faute... J'ai été la raison pour laquelle elle est sortie de la maison en courant. Elle va mourir à cause de m...

Une gifle vint s'abattre sur ma joue si violemment que mon cou se tordit suite à mon visage totalement retourné ; je saignais du coin des lèvres et mes cheveux mouillés empêchaient la vue de mes yeux, grands ouverts. Je fourrai mes doigts dans ma paume.

Putain, réfléchis Eden !

Ah oui, l'armoire métallique !

Je me tournai vers le vieux secouriste et lançai :

— Où est l'armoire métallique ?

Il esquissa un sourire puis articula :

— Sur le toit.

Et merde, fallait que ce soit là-haut.

Je me ruai vers les escaliers et les montai quatre à quatre. Une fois en haut, j'ouvris sauvagement la porte du toit devant des voisins qui passaient. Je n'avais pas besoin de me retourner pour deviner leurs regards de dédain, mais je m'en fichais ; tout ce qui compte, c'est Lila.

Je fus surpris par ma propre pensée, mais j'oubliai tout quand j'ouvris l'armoire ; un code rouge clignotait : Erreur de détection UCM. Le système s'était verrouillé par sécurité. Pas le temps de réinitialiser, chaque seconde comptait. Je saisis le levier rouge d'une main tremblante ; je devais être précis : si je relâchais trop de pression d'un coup, l'ascenseur tomberait en chute libre.

D'une main, je luttai contre la résistance du frein, et de l'autre je forçai sur le volant d'inertie. Mes bras me faisaient atrocement mal, mon cœur battait si fort suite à l'effort physique, je me sentais devenir rouge mais je continuais à forcer malgré tout. Je donnerais ma vie pour cette fille, même si je ne sais pas encore pourquoi. Mes yeux étaient rivés sur la peinture blanche du câble qui remontait lentement. Je ne sentais plus mes mains, la douleur était horrible, je ne savais plus si j'allais tenir longtemps.

Encore un centimètre... allez...

Quand le repère s'aligna, je lâchai tout, me laissant tomber par terre. Le frein émit un bruit assourdissant ; enfin, l'ascenseur était à niveau. Lila pouvait passer.

Je voulus me relever mais j'échouai.

C’est alors que je sentis une paire de mains se poser sur mes épaules.

— Je... je vais t'aider à te relever.

Carolyn, mais qu'est-ce qu'elle fait là ?

— T'as gravi toutes ces marches pour venir m'aider ?

— T'as traîné, je voulais voir si tu allais bien.

Je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à la croire, mais bon, c'est vrai que j'ai besoin d'aide sur ce coup. Elle me tend sa main que j'attrape aussitôt et me fait hisser loin du sol.

— Ouf, enfin... Merci.

— T'as pas à me remercier, rétorqua-t-elle d'un sourire malicieux. J'ai l'impression que j'ai oublié quelque chose...

C'est drôle, moi aussi j'ai l'impression que...

Oh non.

Pas ça.

— Lila ! crions-nous en chœur.

Je l'attrapai par le poignet et me ruai en bas. Après quelques minutes à dévaler les escaliers, nous arrivâmes enfin au rez-de-chaussée, essoufflés.

L'ambulance avait démarré et les secouristes étaient sur le point de fermer les portes arrière quand, sans réfléchir, je m'élançai vers elles. N'attrapant que le poignet de cette dernière, je tournai la tête pour voir Carolyn littéralement se jeter dedans alors que le véhicule avançait à vive allure.

— Euh, quelqu'un pourrait m'aider ? dis-je alors que la moitié de mon corps était pendue hors de l'ambulance.

Je vis des secouristes accourir vers moi alors que Carolyn tentait de se relever. Une fois complètement à l'intérieur, ils fermèrent les portes arrière. Je soupirai de soulagement.

— Votre amie est déjà dans un sale état, vous auriez dû au moins vous dépêcher, chaque seconde compte.

— Je... vous avez raison, désolé.

— Oui, désolée... souffla Carolyn.

Le trajet se passa en silence. Je demandais de temps en temps si son état s'était un peu amélioré, mais les secouristes répondaient toujours par la négative.

Fait chier.

Carolyn me jeta un regard inquiet alors que nous arrivions à l'hôpital. Nous nous écartâmes pour les laisser passer, puis entrâmes dans le bâtiment.

Après avoir suivi Lila dans les couloirs, un assistant nous barra le passage.

— Désolé, vous ne pouvez pas entrer.

— Mais il faut qu...

— Carolyn, dis-je avec assurance.

Elle se tut et baissa la tête, laissant l'assistant rentrer dans la salle d'urgence et fermer la porte derrière lui. Je lui fis signe de s'asseoir à côté de moi. Elle s'exécuta.

Des minutes interminables défilaient alors que nous attendions des nouvelles de Lila.

— Merci.

— De quoi ?

— Merci pour tout ce que tu as fait... Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi...

— Ne t'en fais pas, je serai toujours là pour elle. De toute façon, elle me doit bien ça.

— Hein ? Mais de quoi tu parles ?

Je voulais répondre mais le médecin s'annonça ; nous nous levâmes d'un coup. Mon cœur battait à cent à l'heure ; si jamais il lui était arrivé quelque chose... je ne me le pardonnerais jamais.

— Son état se stabilise. Elle est entrée dans un coma, ce qui est une bonne chose, ça permettra à son corps de récupérer totalement...

À partir de cet instant, je n'écoutais plus rien. C'était comme si je tombais en chute libre dans le vide ; ma vision se flouta, le monde tournait autour de moi. Et puis soudain, je vis une silhouette s'avancer vers moi, lever sa main et m'assener une violente gifle.

Je l'avais bien sentie, celle-là.

( Bonne année à tous 🎇🎉 )

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