Ano d'un jour
Entre deux miroirs
J’ai appris à compter
les pas, les grammes, les jours,
à disparaître doucement
comme une ombre trop lourde.
Mon corps était un ennemi,
un territoire à réduire,
chaque victoire sur la faim
me semblait survivre.
Et puis quelque chose a cédé.
La faim est revenue, brutale,
comme une bête dans mes côtes
qui griffe, qui réclame, qui avale.
Mes mains ouvrent les placards
avant même que je pense,
et chaque bouchée ressemble
à une petite déchéance.
Je mange — et je me regarde faire,
avec une honte froide dans la gorge,
comme si j’étais devenue
la chose même que je méprise.
Ce corps que j’avais dressé à disparaître
se met à réclamer, à prendre, à vivre,
et je le hais pour sa faiblesse
comme je me hais de lui obéir.
Dans le miroir je vois un traître :
chair, faim, gestes incontrôlés.
Je voudrais punir ce corps défaillant
et faire taire ce besoin d’exister.
Entre la faim d’hier
et celle qui dévore aujourd’hui,
je reste prisonnière
d’un corps que je ne pardonne pas.
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