Religion, spiritualité, secte?

Dernière modification: 11 octobre 2018

Les définitions de ce que l'on peut entendre sur les mots comme religion, spiritualité ou secte sont multiples.

Pour que le 21e siècle, annoncé comme "spirituel", ne soit pas avant tout conflictuel, il importe qu'en tous lieux (écoles, familles, médias, communautés religieuses, etc.) une connaissance sereine et non naïve des religions, spiritualités et sectes soit transmise. Et cela sans dédaigner (refuser, rejeter) les traditions chrétiennes qui nous ont portées jusqu'à ce jour, ni les autres traditions philosophiques et religieuses qui, de manière respectueuse, se sont établies parmi nous.

Religion

Une religion est un système de pratiques et/ou de croyances qui relient un groupe d’humain·e·s entre eux et entre l’Homme et une Altérité.

L’Altérité signifie quelque chose de tout autre à l’humain. Il peut être un Dieu, des dieux, la Nature ou un élément de la méta physique (qui va au-delà de la capacité initiale du monde physique).

Les religions historiques sont celles dont les traditions sont considérées comme anciennes (avant le 19ème siècle), alors que les nouveaux mouvements religieux sont ceux dont les traditions sont considérées comme récentes (dès le 19ème siècle).

La liberté religieuse est un droit qui garantit à chaque individu de pouvoir penser, sentir, reconnaître, vouloir et agir conformément à sa conviction de l'existence ou de l'inexistence de l’Altérité. En d'autres termes, cette liberté confère à chacun le droit de croire (ou ne pas croire) et de pratiquer (ou ne pas pratiquer) la religion de son choix.

La Suisse n’est pourtant pas un état laïque, hormis deux cantons (GE et NE). Mais elle permet de vivre dans la liberté religieuse parce qu’il n’y a pas de religion d’état : il est permis de porter des signes distinctifs dans les lieux publiques (voile, croix, kippa...). La paix religieuse, la tolérance et l'égalité des religions sont ainsi revendiquées.

Cela a pour conséquence que les parents ont le droit d'éduquer leurs enfants conformément à leurs propres convictions religieuses et philosophiques. Tant que le bien de l'enfant est préservé, ils peuvent choisir quelle sera sa religion, car l'Etat n'impose aucune règle à ce sujet.

La Convention relative aux droits de l'enfant engage la Suisse à respecter spécifiquement la liberté de penser, de conscience et de religion des enfants. Elle dit aussi que les parents doivent guider leurs enfants dans l'exercice de cette liberté d'une manière qui corresponde au développement de leurs capacités.

En plus de cette Convention, la loi suisse énonce également quelques principes tendant à définir plus précisément ce droit, pour les enfants. Elle dit que ces derniers restent sous l'autorité de leurs parents jusqu'à 16 ans en ce qui concerne l'éducation religieuse. Jusqu'à cet âge, ils sont censés respecter le choix que leurs parents feront pour eux. Cependant, si l'enfant est suffisamment mûr·e et même s'il·elle n'a pas encore 16 ans révolus, ses parents doivent respecter ses convictions et ne sauraient lui imposer un changement de religion ou de confession.

Ainsi, en Suisse, la notion de majorité religieuse, c'est-à-dire de liberté et d'indépendance à l'égard de l'autorité parentale, n'est pas fixée impérativement à 16 ans, mais peut varier d'un·e enfant à l'autre, en fonction de sa maturité et de ses capacités à faire un choix dans ce domaine.

Spiritualité

La spiritualité est distinguée de la religion par le lien qui est fait avec l’Altérité. La spiritualité est un mouvement individuel vers l’Altérité alors que la religion est un souvent un mouvement d’une communauté ou d’une Tradition vers l’Altérité.

La spiritualité est souvent incomprise par le monde occidental. Le mode de pensées occidental est ancré dans le système intellectuel et beaucoup moins sensitif, au contraire de ce que nous appelons chamanisme et animisme par exemple. Ceci explique le problème que l’Occident a pour expliquer le terme spiritualité. Ce n’est pas un système intellectuel mais bien plus en lien avec les sensations, où le système dualiste Dieu-Homme n’apparait plus car l’Altérité n’est plus tout autre mais bien dans le monde physique.

Secte

Une secte peut être définie de manière neutre ou critique. Dans son acception neutre, une secte est un groupe qui s'est différencié d'un autre soit en se coupant (secare) soit en suivant (sequor) des enseignements décrits comme non-conformes par le groupe majoritaire. Aujourd'hui, c'est la définition critique qui tend à se généraliser. Une secte est dès lors un groupe religieux perçu comme dangereux.

Comme aucun groupe ne se définit lui-même comme dangereux, le concept de secte est toujours appliqué de l'extérieur par un ensemble d'individus à un autre. Se pose dès lors la grande question des "critères" de ce qui est dangereux. Puisque la définition même de la secte naît d'un désaccord entre groupes d'individus, aucune unanimité ne peut être dégagée à propos de ces critères. Voici toutefois quelques propositions pour qualifier ce qui est dangereux dans un groupe religieux (et probablement en tout groupe).

Un groupe religieux est qualifié de secte (et les religions historiques ont pu l'être, peuvent l'être ou pourraient elles aussi le redevenir) quand un ou plusieurs de ces facteurs sont présents:

  • Accaparement de la plénitude de la Vérité: le monde est perçu en blanc et en noir, entre ceux du dedans qui ont le Vrai et ceux du dehors qui sont dans l'erreur (par exemple: les témoins de Jéhovah, et dans une mesure moindre, les mormons ou les néo-apostoliques; au sein des religions historiques, les groupes ou communautés absolutistes qui refusent non seulement le dialogue inter-religieux, mais aussi tout dialogue intra-religieux).
  • Prise de pouvoir par un·e ou des chef·fe·s de fileune ou plusieurs personnes charismatiques sont à la tête d’un mouvement qui met en place des dépendances, intellectuelles, affectives, voire sexuelles, et cela au lieu de susciter une nouvelle indépendance en vue d'une réelle interdépendance (par exemple: les excès passés des Enfants de Dieu ou la pratique problématique de certains "gourous" comme Shri Mataji, Guru Mahara Ji, Rajneesh, au sein de certaines sectes orientales).
  • Invocation de forces troubles: entités occultes et "extra-terrestres" qui prétendent mener à une vie plus riche, mais qui mènent à la mort... (par exemple: OTS, les Portes du Paradis, les groupes soucoupistes et les mouvements ésotérico-occultes...).
  • Absence d'une liberté réelle pour entrer et pour sortir du groupe: pressions sur les nouveaux membres pour qu'ils quittent leurs ami·e·s et leur famille si ceux·celles-ci ne se convertissent pas à leur tour; menaces spirituelles fortes en cas de prise de distance de leur part (les communautés très hiérarchisées, voire même certaines communautés "chrétiennes" ou "musulmanes").
  • Demande d'argent pour transmettre les niveaux "supérieurs" de l'enseignement: l'absence de gratuité révèle l'intérêt premier du groupe pour ce que l'adepte peut lui donner et non pour ce que le groupe peut lui offrir (par exemple: la scientologie).

La dangerosité n’est pas immédiatement discernable car certains des points précédents peuvent être dissimilés ou être justifiés selon certain·e·s.

Certain·e·s adeptes ne veulent pas croire qu’ils·elles sont dans l’erreur, il est donc très difficiles parfois d’accepter le fait de s’être fait mener dans une secte alors qu’ils·elles croient avoir trouvé une pensée nouvelle et vraie.

Un signe plus objectif est la non-collaboration effective du groupe avec d'autres groupes religieux. Cette autosuffisance (qui n'a pas besoin d'autrui) empêche tout regard extérieur, rend imperméable à l'inter-critique et anesthésie les possibilités d'une réelle autocritique.

En un mot, il y a comportement sectaire (fortement amplifié dans les sectes et le plus souvent régulé dans les religions, mais pas toujours!) chaque fois qu'il y a prise de pouvoir dans le groupe sur l'avoir ou le savoir, l'être ou l'agir de ses membres.

  • Religions et croyances

Articles liés